Rencontre – Katia Lanero Zamora

Après deux albums jeunesse, l’autrice liégeoise Katia Lanero Zamora entame, en 2012, une trilogie publiée aux Impressions Nouvelles : Chroniques des hémisphères. Dans cette dystopie teintée de post-apocalyptique, elle imagine une planète Terre cruellement en manque d’eau où l’hémisphère Nord, riche et technophile, opère une sécession complète avec le Sud. L’autrice développe un univers empreint de magie et inspiré du scoutisme où de jeunes élus acquièrent des liens télépathiques avec leur animal-totem. Après cette trilogie, achevée en 2014, et un détour par le conte gothique et fantastique (Les Ombres d’Esver en 2018), elle publie, en 2021, La Machine. Sorti aux éditions ActuSF, ce premier volume d’un diptyque évolue entre fantasy historique et uchronie. Pour l’occasion, elle explore son passé familial et réinvente, à travers le pays imaginaire de Panîm, l’Espagne des années 1930 meurtrie par la guerre civile. Alors que le second tome vient tout juste de sortir, Katia nous a aimablement accordé un entretien. L’occasion de revenir avec elle sur plus de dix ans d’écriture au service des littératures de l’imaginaire.

Après avoir fait tes premiers pas d’autrice dans le domaine de l’album jeunesse (Albigondine est une fée en 2010 et Gunther le menteur en 2011), tu t’es rapidement tournée vers l’écriture romanesque pour ne plus la quitter, du moins jusqu’à présent. Quelle envie se cachait derrière ce changement de cap ?

C’est intéressant de le voir ainsi, car c’est plutôt le contraire qui s’est passé. J’étais depuis très longtemps en train de travailler sur les Chroniques des hémisphères (mes premiers brouillons datent de 2003!) et j’avais en tête une trilogie. C’était un travail de très longue haleine, qui me laissait peu d’espoir (il était naïf de penser qu’une maison d’édition accorderait sa confiance à une primo-autrice sur trois romans, répétait-on dans le milieu). Je travaillais de façon assez acharnée, et j’avais sur le côté d’autres univers, d’autres histoires, dont Albigondine, qui était un texte que j’avais écrit pour ma sœur. La rencontre avec Yannick Thiel, Nathalie Troquette et René Hausman a permis la naissance de ce premier album, puis du suivant, Gunther. Le roman a toujours été et reste la forme et l’ampleur plus générales que prennent mes histoires, mais je n’hésiterai pas à revenir à l’album si un autre texte s’y prête.

En 2012, tu signes le premier tome des Chroniques des hémisphères. Peux-tu revenir sur la naissance de cette trilogie et sur son arrivée chez un éditeur (Les Impressions Nouvelles) bien connu pour son éclectisme mais très peu présent dans le domaine des littératures de l’imaginaire ?

Les premiers brouillons datent de 2003, et plus précisément, de l’été suivant mon séjour au Burkina Faso avec les Horizons de Sainte Walburge. Je suis revenue très marquée par ce pays, et par les personnes qu’on y a rencontrées. Je démarre la même année une licence en littératures romanes, où, je le découvre à mes dépens, il ne faisait pas bon lire de la littérature de l’imaginaire – alors en écrire ! J’ai gardé ce projet de romans de science fantasy pour des proches qui ne me jugeaient pas. Et j’ai (très) laborieusement été au bout de ma licence. J’avais un tout premier roman terminé dans mon tiroir (Dieu merci, jamais publié), de fantasy pure, et quelques chapitres du Bal des poussières.

J’ai poursuivi ma licence par un master en métiers du livre. Cette année-là, je me suis donné l’objectif de comprendre la chaîne du livre, son écosystème et sa fabrication. Et je me suis inscrite à un atelier d’écriture qui a tout changé pour moi : c’était un atelier sur les outils dramaturgiques, donné par Michaël Lambert. J’y ai gagné une vocation et un ami.

Pendant mon master, j’ai eu la chance de rencontrer Benoît Peeters et de décrocher un stage aux Impressions Nouvelles. Les mains dans le cambouis, j’ai pu découvrir la réalité du travail de l’autre côté de la boîte aux lettres : la réception de manuscrits, l’édition, la relation avec les auteurs, et aussi, la commercialisation de cet objet. Pendant ce stage, je me suis beaucoup rapprochée des personnes travaillant aux Impressions nouvelles, et notamment de Mélanie Dufour, qui a lu mon premier manuscrit (la pauvre) mais y a trouvé assez de bonnes choses pour me demander souvent des nouvelles des Chroniques des Hémisphères. Il a fallu une vraie conversation avec Benoît Peeters où j’ai avoué que j’écrivais de l’imaginaire pour qu’il me donne la confiance qu’il me manquait : il a trouvé mon pitch et mon projet intéressants, et m’a, d’une certaine manière, après ces années de littérature classique, « adoubée ». Forte de l’intérêt d’un vrai éditeur et suivie par une vraie éditrice, accompagnée par Michaël qui pouvait me faire des retours constructifs, j’ai écrit le Bal des poussières dans les navettes Liège-Bruxelles.

Je travaillais à la Maison européenne des auteurs et des autrices quand Mélanie Dufour m’a écrit (en 2012) pour m’annoncer que mes premiers chapitres du Bal des poussières avaient convaincu le comité de lecture et que même si ce n’était a priori pas leur ligne éditoriale, les Impressions Nouvelles étaient prêtes à publier la trilogie.

Je me souviens que j’étais seule dans le paysager et que j’ai bondi et rebondi de joie pendant plusieurs minutes.

Avec son univers mêlant dystopie et magie, Chroniques des hémisphères brouille les frontières entre les genres de la science-fiction et de la fantasy. Ce mélange est caractéristique de ton travail mais s’inscrit également dans une tendance plus large des littératures de l’imaginaire contemporaines. Pourquoi ce choix ? Réfléchis-tu en termes de genres ?

Je commence à le faire, non pas pour calibrer mes histoires, mais pour comprendre dans quoi je m’inscris. L’histoire me dicte ses aspects au fur et à mesure que je la découvre, et ensuite je peux comprendre dans quelle palette je suis. Mais je ne cherche jamais à gommer un aspect ou limer un autre pour rentrer dans une case. Je m’amuse juste avec les différents ingrédients. J’aime bien m’arrêter au fur et à mesure de l’écriture pour conscientiser ce que je fais, ça me permet de creuser le sillon et aller plus loin. Je ne me suis jamais sentie à l’aise avec les étiquettes. C’est dommage en terme de marketing (ce serait plus facile) mais c’est de la pluralité des nuances que provient, selon moi, la singularité.

La principale originalité de Chroniques des hémisphères réside dans sa réappropriation de l’imaginaire scout. Dans ton roman, l’animal-totem associé aux héros s’incarne dans une bête bien réelle. D’où t’es venue cette idée ?

Je pense qu’avec Chroniques des hémisphères, j’avais besoin de traiter et de dire au revoir à une part de ma vie : mon adolescence. Ce n’est pas un hasard si j’ai envie d’écrire sur ce sujet au moment où j’entrais dans la vie active. Le roman est dédicacé à mes « Indémodables », ce sont mes amies des guides qui sont encore aujourd’hui des femmes qui font partie de ma vie. J’avais une envie peut-être inconsciente de revivre certaines choses de ces années-là en les poussant aux limites de mon imaginaire, avant d’accepter de les laisser partir.

En 2018, ton nouveau roman, Les Ombres d’Esver, est publié par ActuSF. Peux-tu nous raconter ton arrivée chez cet éditeur français spécialisé dans les littératures de l’imaginaire ?

Là encore, il s’agit d’une rencontre. J’étais aux Imaginales en 2017 avec les Ardents de l’imaginaire et on m’a présentée à Jérôme Vincent. Il a eu la gentillesse d’écouter le pitch du roman sur lequel je travaillais depuis plusieurs années – en alternance avec un roman de science-fiction qui n’est jamais sorti. Le pitch l’a intéressé et il m’a donné sa carte. Pour la petite anecdote, sur le chemin de retour vers mon stand, qui était à moins de 50 m, j’ai perdu ladite carte ! J’ai continué à travailler sur Les Ombres d’Esver pendant presque un an encore, et je l’ai envoyé à Jérôme Vincent en avril 2018. Quelques jours après, il m’annonçait qu’il souhaitait l’éditer. Et l’aventure avec ActuSF a commencé.

Dans Les Ombres d’Esver, tu abandonnes la science fantasy et son cadre futuriste pour aborder le conte fantastique aux accents gothiques. Tu resserres également ton intrigue autour d’enjeux plus intimes. Tu y explores la complexité des liens familiaux et le passage à l’âge adulte. Ces aspects, déjà présents dans Chroniques des hémisphères et que l’on retrouvera également au cœur de La Machine semblent chers à tes yeux. D’où te vient ce besoin d’explorer ce type de thématiques ?

Je pense que de manière assez organique, je pense vite à placer le personnage dans sa constellation familiale. Je me rends compte que les back-stories de mes personnages sont centrales dans leur construction, et font même l’objet d’intrigues en elles-mêmes. C’est le cas dans Les Ombres d’Esver où Amaryllis doit littéralement remonter la vérité sur son histoire familiale pour pouvoir évoluer. Et dans La Machine, j’ai aimé explorer le passé des deux frères pour les comprendre et révéler plusieurs facettes de leur famille. Comprendre d’où on vient, pour moi, ça permet de comprendre qui on est. Mes personnages, jusqu’ici, sont tous de jeunes adultes. Mais dans mon prochain projet, les protagonistes seront plus âgées. Mon écriture et mes envies évoluent probablement avec mon expérience et mon âge.

En bon récit gothique, le décor de ton roman revêt une importance particulière. Le domaine d’Esver où se déroule l’aventure est presque un personnage en soi. Quelles ont été tes sources d’inspiration pour créer cette maison ?

C’est la maison qui m’est apparue d’un coup, et puis Amaryllis et sa mère Gersande ensuite. J’ai toujours eu une fascination particulière pour les maisons qui ont une histoire, une âme, si possible hantées, d’ailleurs, encore encombrées du mobilier et des affaires des propriétaires précédents. Je rêvais d’ouvrir une porte et de partir à la recherche du passé des occupants. C’est un peu ce que j’ai fait avec le domaine d’Esver. Je connais cette maison par cœur, à force de l’explorer avec Amaryllis. Enfant, j’ai lu Le Jardin secret, Les Hauts de Hurlevent. Après la sortie du roman, j’ai découvert Shirley Jackson et j’ai eu l’impression de rencontrer à travers ses livres et ses thématiques une femme avec qui j’aurais eu beaucoup de points en commun. Pour moi qui ai déménagé en moyenne tous les 5 ans dans ma vie, une maison qui peut abriter des décennies d’histoire familiale récupère forcément l’énergie de cette famille.

Entre la fin des Chroniques et la publication des Ombres, tu as rejoint le pôle fiction de la RTBF. Ton travail dans le domaine de l’écriture sérielle (pour la télévision mais aussi pour la radio) a-t-il influencé l’écriture de tes romans ?

Arriver aux séries belges, ça a été l’équivalent, pour moi, d’entrer en master de dramaturgie. Les histoires et leurs personnages, leurs intrigues, leurs thématiques sont le matériau que je travaille depuis 6 ans maintenant, H24 et tous les jours. C’est un sujet dont je ne me lasse pas ! L’avantage de travailler dans ce secteur, et avec des scénaristes, c’est que je suis sans cesse au contact d’histoires qui doivent prendre forme et pour ce faire, il existe de nombreux outils. Je peux puiser dans ma caisse en fonction des difficultés que je rencontre au cours de l’écriture. Ce n’est pas un hasard si j’ai écrit 4 romans en 6 ans (il y en a un qui n’est pas publié).

En 2021, toujours chez ActuSF, sort le premier volume de La Machine. Un roman inspiré par la Guerre d’Espagne. Ta famille étant originaire de ce pays, ce projet se doublait d’une exploration de ton passé familial. D’où t’est venue cette envie ou ce besoin de te confronter à cette période historique ?

J’ai grandi bercée par les anecdotes et les souvenirs de ma famille. Ma grand-mère, et surtout ma mère, m’ont raconté notre passé. Il y a quelque chose de spécial chez les familles immigrées, c’est la nostalgie. La nostalgie d’un pays qu’on a quitté, la nostalgie d’un monde en soi, et qu’on ne retrouvera plus jamais tel qu’il était. Donc, cette Espagne, notre histoire, elles m’ont toujours intéressée. Je connaissais la « petite » histoire, et vers l’adolescence, j’ai voulu la rattacher à la grande Histoire. Parce que je me rendais compte que cette période n’était pas abordée en classe, j’ai commencé à me renseigner moi-même, pour comprendre le melting-pot de destins croisés, de décisions et de coups de chance qui avaient mené à ma naissance en Belgique, à Liège.

Pour ton récit, tu ne fais pas le choix du roman historique mais inscris ton histoire dans un pays imaginaire appelé Panîm. Ton roman a pour cela été associé au genre de la fantasy et comparé au travail de l’écrivain canadien Guy Gavriel Kay. Es-tu en accord avec cette comparaison ? Pourquoi avoir fait ce choix de l’imaginaire ?

C’est justement pour me défaire d’une exactitude historique, ou une culture donnée, que j’ai voulu inventer un monde. Panîm, c’est mon « Espagne fantasmée ». Ce n’est pas la réelle Espagne. Je ne la connais pas. Je n’y ai vécu que 6 mois en Erasmus et pendant mes étés. J’ai voulu transmettre l’Espagne telle qu’elle m’a été transmise.

J’aime beaucoup le travail de Guy Gavriel Kay. Je l’ai découvert alors que je tournais autour de ce que je voulais faire avec La Machine. J’avais en tête La Maison aux esprits, d’Isabel Allende, qui dépeint un Chili qui est presque le Chili, ou au Macondo de Gabriel Garcia Marquez qui est presque un village d’Amérique du Sud. J’ai fait ce choix pour me concentrer sur ce que je voulais raconter : une guerre fratricide incarnée par deux frères de camps ennemis, un condensé de la guerre civile. Les histoires de ma famille ruissèlent chez les personnages secondaires. Cela ne m’aurait pas été possible de les rassembler dans un seul et même roman si je ne les avais pas intégrées dans une fiction plus grande.

Dans ton projet initial, La Machine devait tenir en un seul tome. À quel moment dans ton parcours d’écriture en es-tu arrivée à ce diptyque ? Ce changement a-t-il été bien accueilli par ton éditeur ?

J’étais en train de terminer la rédaction de la deuxième version du premier tome et je me suis rendue à l’évidence : l’ampleur de la matière ne tiendrait pas en un seul volume. J’aurais pu enlever toute la ligne du passé, mais cela aurait amputé le projet d’un grand vecteur d’empathie. J’en ai parlé à Jérôme, qui a tout de suite vu le fondé de ma demande. La matière, le propos de chaque partie et le cliffhanger du milieu justifiaient totalement les deux volumes.

Si l’on retrouve, à travers l’histoire des deux frères au cœur du récit, l’exploration de l’intime propre à ton travail, La Machine est également ton projet le plus politique. Le titre même des romans renvoie à l’idéologie défendue par l’un des deux camps qui s’affrontent. Cette confrontation directe à des enjeux politiques, dont la résonance avec notre actualité est évidente, relevait-elle d’une véritable envie ou s’est-elle imposée par la période historique qui t’a servi de référence ?

C’était d’abord mon sujet, la guerre civile espagnole. Je me suis documentée. J’ai tenté de passer au tamis tout ce que j’en avais compris (parce que c’est très complexe). Puis, j’ai décidé de prendre un peu de hauteur pour en tirer une métaphore. Et la métaphore était plus simple : l’idéologie de la machine m’a paru plus compréhensible au niveau émotionnel. Les enjeux politiques devaient être partie intégrante de l’histoire, parce que c’est ce que je voulais raconter. La guerre civile, certes, mais dans ce qu’elle a de plus douloureux : sous le prisme de la famille. Et du coup, il me fallait une famille à cheval entre deux mondes, le monde des Ongles sales et le monde des Sangrazules. Nouvelle riche, pas assez noble, pas assez pauvre, le cul entre deux chaises. Et dans cette famille, deux frères qui héritaient de ces zones d’ombres et qui doivent prendre un parti alors qu’eux-mêmes ne sont que nuances. Andrès et Vian m’ont donné beaucoup de fil à retordre pour paraître crédibles. Mon seul cap, pendant tout le travail, était l’empathie que les lectrices et les lecteurs devaient avoir pour les deux. À chaque page. À chacun de leur pas. Quoi qu’ils fassent.

Le tome 2 de La Machine est sorti en mars dernier. Lors de la sortie du premier volume, tu n’avais pas encore achevé ce roman. Les retours de la presse et des lecteurs a-t-il eu une influence sur la suite que tu as donnée à ton histoire ?

Les réactions que j’ai reçues (presque en continu pendant 2 ans) ont pu me faire me remettre en question, parce que les opinions, les projections du public, étaient loin de ce que j’avais prévu. Mais je savais où je voulais aller. Si ça m’a déstabilisée pendant quelques semaines, j’ai décidé d’en faire fi pour continuer à suivre le plan de départ, et auquel je revenais à chaque remise en question. À chaque fois que je prenais une nouvelle option plus en accord avec ce qu’on pouvait attendre, je voyais comme cela ne concordait pas avec ce que je voulais faire et surtout où je voulais aller. La cohérence globale du diptyque a été plus forte et je suis restée sur mes intentions de départ.

Puisqu’il s’appuie sur un épisode historique dont l’issue, malheureuse, est bien connue, ton récit est parcouru par une puissante force tragique, particulièrement sensible dans le second volume. Comment as-tu géré, pendant l’écriture, cette tension narrative particulière ?

C’est le moment de l’interview où je parle de Titanic. Oui, le film (que j’ai vu 6 fois au cinéma quand j’avais 14 ans). On sait, depuis le début, que le bateau coule. Et pourtant, la tension est insoutenable car ce qui nous intéresse, ce n’est pas de savoir si le bateau va couler ou pas, c’est de savoir ce qu’il va advenir des personnages.

La matière était très, très dure. J’ai lu de la documentation jusqu’à en pleurer, avoir des accès d’angoisse, et même, pendant un certain temps, une paralysie d’écriture. Je ne voulais pas écrire ce que je découvrais de la guerre d’Espagne. Là encore, c’est une discussion avec mon éditeur qui m’a débloquée. Je disais « je ne peux pas écrire ça ou ça ». Et Jérôme m’a dit « mais ne l’écris pas ! » C’est ce qu’il y a eu de très confortable et rassurant d’avoir opté pour un monde fictif : j’ai pu aller piocher dans ma documentation ce qui servait au mieux la trajectoire de mes personnages.

Mon fil rouge a été sans cesse Vian et Andrès. J’avais en tête un effet très précis à générer lors d’une partie de l’histoire, et cette partie de l’histoire et l’effet qui devait s’en dégager, ça a été mon objectif pendant tout le travail. J’avais ma direction : le plus important de ce roman, le plus important de ce diptyque, c’est ça et pas autre chose. Est-ce que tout ce que je mets en place sert cet instant précis, sert ce que la personne qui va lire ressentira ? Oui ? Je le garde. Non ? Je le jette. Parce que c’est cela qui est le cœur de la tension narrative, c’est la relation entre les deux frères, même quand ils ne sont pas ensemble. C’est les lectrices et les lecteurs qui vont faire le tableau, qui vont remplir les trous de cette relation.

Ce roman a été également pour toi l’occasion de te frotter à une narration ambitieuse mêlant les intrigues et les lignes temporelles. Au demeurant, on sent chez toi une véritable attention au confort du lecteur. Comment as-tu abordé cet exercice d’équilibriste ?

Quand j’écris, j’accorde une attention constante aux émotions. Quelle est l’émotion du personnage ? Mais aussi, et tout le temps, que ressentent la lectrice et le lecteur à cette étape ? Évidemment, cela reste subjectif. Mais en jouant avec les informations disponibles pour se faire un tableau global de l’histoire, je peux me faire une idée. Et je fais lire mes différentes versions à plusieurs bêta-lecteurs. J’ai besoin de retours critiques, j’adore retravailler mes textes. Même si je ne suis pas d’accord avec la remarque, je la prends en compte parce qu’elle est le symptôme de quelque chose.

Je ne peux pas m’empêcher d’écrire en pensant à la personne qui va lire. Je ne la connais pas. Je ne sais pas dans quelles conditions elle va lire le livre, si elle est acquise ou pas à ce genre, à ce sujet. Mais je vais faire de mon mieux pour qu’elle rentre dans l’histoire. Cela ne marche évidemment pas à tous les coups ; j’ai eu de très mauvaises critiques de mes livres.

Pour conclure, peux-tu nous parler de tes projets futurs ?

Il y a plusieurs projets en lice, à des stades différents. J’aimerais reprendre un roman jeunesse qui existe dans une première version, et qui parlera d’amitié, en 1999, entre 4 filles de 15 ans. J’ai grandi en lisant Marie-Aude Murail et Judy Blume. C’est un projet qui sort de mes genres de prédilection, mais auquel je tiens!

Le projet le plus engagé est pourtant une commande (ma première !) de la part d’un éditeur avec lequel j’avais très envie de travailler. On partira dans la dictature du bonheur, un thriller sur le rapport au corps et à la perfection.

Et puis, de plus grande ampleur et de longue haleine, il y a un projet de fantasy urbaine où j’aimerais plonger dans une Liège fantastique dont toute l’inspiration vient de son surnom, la cité ardente. Il sera question de sororité, de crise de la quarantaine, de parentalité… à travers des guerrières du feu! Je suis aidée dans ce travail de documentation préalable par Baptiste Franquinet, expert en patrimoine wallon (culturel, linguistique, historique). C’est mon premier partenariat dans le genre, et c’est extrêmement motivant de travailler à deux sur cette étape de recherches !

Il y a aussi les séries TV, parce que je suis de plus en plus scénariste, aussi, et ce sont d’autres univers, d’autres façons de faire ce que je préfère: raconter des histoires.

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