Michel Zévaco, l’homme de cape et d’épée

Il y a cent ans, le 8 août 1918, s’éteignait un des plus grands auteurs populaires du début du XXe siècle. Pourtant, rien ne prédestinait ce jeune militant socialiste à une telle carrière. Durant la première partie de sa vie professionnelle, sa plume lui sert à exprimer, en tant que journaliste, ses convictions politiques libertaires : révolte contre toute forme d’autorité, revendication à l’épanouissement de l’individu et anticléricalisme sont ses thèmes de prédilection. Il sera d’ailleurs plusieurs fois emprisonné pour ses prises de position jugées révolutionnaires.

Mais contre toute attente, à l’aube du XXe siècle, il change d’orientation et devient feuilletoniste pour La petite République Socialiste (journal dirigé par Jean Jaurès) avec un roman historique de cape et d’épée, Borgia, qui connaît un succès immédiat. Il ne s’expliquera pas sur le virage radical qu’il donne à sa carrière. Les raisons sont sans doute multiples : fort du bagage littéraire longuement acquis comme « nègre » pour des auteurs plus connus, mais aussi pour son propre compte sous pseudonyme, il agit peut-être ainsi par déception politique ou pour mettre les siens à l’abri du besoin (il est père de 5 enfants).

En tout cas, cette décision lui apporte une immense notoriété et élève considérablement son niveau de vie. De 1900 à 1918, il livre une production régulière de feuilletons quotidiens à La Petite République d’abord avec 7 titres, puis au journal Le Matin, à partir de 1906, avec 9 titres et plus de 1400 livraisons. Ses romans d’aventures historiques les plus célèbres sont Le Capitan et le cycle des Pardaillan.

Bien que détourné des causes politiques, il distille subtilement des thématiques de gauche dans ses écrits et à travers ses personnages. Le plus célèbre d’entre eux, le Chevalier de Pardaillan, est un être d’exception que les lecteurs admirent pour sa bonté, son humanité, sa vaillance, mais aussi auquel ils s’identifient parce qu’il n’est pas un surhomme (erreur, peur, fatigue, naïveté font aussi partie du personnage). Le style très spontané de Zévaco et la fougue qu’il insuffle à ses récits atténuent les clichés et outrances habituels du roman-feuilleton. Parallèlement à sa production littéraire, il s’investit dans un projet cinématographique qu’il ne pourra concrétiser, emporté à l’âge de 58 ans par une maladie de l’estomac qu’il avait contractée durant ses séjours en prison. Très régulièrement adapté au cinéma, à la télévision ou en bande-dessinée, Zévaco est de nos jours complètement méconnu du grand public, au profit d’un autre génie du roman de cape et d’épée qu’est Alexandre Dumas.

Relire Zévaco aujourd’hui, c’est avant tout accepter d’être diverti, dans le bon sens du terme, c’est-à-dire d’être emporté joyeusement par un récit mené tambour battant. Alors n’hésitez pas à (re)découvrir cet auteur sans tarder. Du 10 au 29 octobre 2018, la BiLA présentera une exposition de ses romans édités chez Fayard et met bien sûr à disposition des lecteurs ses romans les plus célèbres.

Pour plus d’informations, vous pouvez consulter le site du Centre International Michel Zévaco (http://michelzevaco.com/)

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